Les femmes médecins seront-elles les grandes perdantes du projet de loi 106?

Voyons comment ce projet de loi risque de nuire à la profession médicale — et particulièrement aux femmes médecins.


Aperçu du projet de loi 106, des changements proposés à la rémunération des médecins, et des conséquences imprévues qui pourraient en découler.

 
 

À première vue, le projet de loi 106 pourrait nuire à tous les médecins. Mais voyons pourquoi les femmes médecins en souffriraient davantage.

 

LA FÉMINISATION DE LA PROFESSION MÉDICALE AU QUÉBEC

L’impact de la féminisation n’apparaît pas dans l’analyse purement quantitative de l’étude de HEC, ce que les auteurs reconnaissent. Pourtant, de nombreuses études montrent que les femmes médecins passent plus de temps avec chaque patient.

Des recherches aux États-Unis indiquent qu’elles adoptent une approche plus collaborative et axée sur la prévention et les aspects psychosociaux. Une étude canadienne montre aussi qu’elles offrent moins de consultations par jour, mais y consacrent plus de temps.

 

Voyons quelques faits et chiffres:

 

QU’EST-CE QUE LA FÉMINISATION OCCUPATIONNELLE?

Les professions historiquement masculines sont perçues comme techniques, compétitives et prestigieuses. Par le passé, des emplois comme commis ou enseignant étaient bien rémunérés et respectés. Mais à mesure que les femmes y sont devenues majoritaires, leur valeur perçue a chuté. Les salaires ont stagné ou décliné, malgré des exigences académiques inchangées.

 

LE CONGÉ DE MATERNITÉ ET « LA DOUBLE JOURNÉE »

L’étude de HEC ne tient pas compte du soin apporté aux patients ni de la charge domestique que portent les femmes.

Chez les résidents en médecine canadiens, 98 % des femmes prennent un congé de maternité après la naissance d’un enfant, contre seulement 21 % des hommes. Le régime québécois rend cette inégalité inévitable : les mères (ou parents biologiques) ont droit à 18 semaines, contre 5 semaines pour les pères (ou parents non porteurs). Un partage de 32 semaines supplémentaires est aussi possible.

La RAMQ ne suit aucune donnée sur le nombre ou la durée des congés parentaux chez les médecins.

Même après la naissance ou l’adoption, les femmes restent majoritairement responsables des enfants et du ménage. Cela explique pourquoi elles travaillent souvent moins d’heures et doivent s’adapter à ce qu’on appelle « la double journée ».

Ce concept, introduit par la sociologue Arlie Russell Hochschild en 1989, décrit comment les femmes, même dans des couples à deux revenus, effectuent l’essentiel du travail non rémunéré à la maison — causant fatigue émotionnelle, manque de temps, et ralentissement de carrière.

Selon Statistique Canada, les Québécoises consacrent en moyenne 3,4 heures par jour aux tâches non rémunérées, contre 2,4 heures pour les hommes.

 

QUELLES SERAIENT LES CONSÉQUENCES POUR LES MÉDECINS DE MILIEUX PRÉCAIRES ?

Une conséquence évidente : la baisse de revenus à vie entraînerait une plus grande inégalité de richesse entre les sexes. Cela pourrait aussi exacerber les écarts pour les médecins issus de communautés sous-représentées.

Par exemple, des études américaines montrent que les enfants de première génération issus de l’immigration latino-américaine sont plus susceptibles de soutenir financièrement leurs parents. D’autres recherches révèlent que les jeunes asiatiques et latinos ressentent un fort devoir culturel de soutien intergénérationnel.

Les médecins québécois de première génération peinent déjà à subvenir aux besoins de leurs parents, élever une famille, acheter une maison et rembourser leurs dettes d’études.


COMMENT LES JEUNES MÉDECINS PEUVENT-ILS S’ADAPTER?

Il va falloir repenser vos priorités financières.

Voici comment je m’y prendrais :

À retenir : Rien n’est encore coulé dans le béton. Le projet de loi 106 n’a pas encore force de loi.


 

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